Quand la réglementation « cède » face au grand public: le cas des parabènes

© la-croix.com

Lorsque l’on réfléchit à la stratégie d’une entreprise dans son environnement, il est courant d’utiliser le modèle des 5 forces de Porter. Ce modèle replace l’entreprise dans son jeu concurrentiel et permet d’analyser l’influence et les rapports de force avec 5 « forces » qui jouent sur elle : les clients, les fournisseurs, les substituts et les nouveaux entrants.
Se rajoutent aujourd’hui à ce modèles 4 nouvelles forces dont les effets peuvent être très importants : la réglementation, la technologie, la sociologie et l’économie.

Je voudrais dans ce billet aborder la question de la réglementation sous un angle original, en évoquant une question qui reste d’actualité, à savoir la question des parabènes. J’ai participé la semaine dernière à une conférence donnée dans le cadre du salon Beyond Beauty à Paris, qui revenait sur l’historique et le développement de la polémique concernant cet ingrédient particulier.

Mon propos n’est pas ici de prendre partie, ni d’entrer dans le détail technique des parabènes (car il y a effectivement plusieurs types de parabène), mais plutôt d’analyser le déroulé des événements, les réponses des parties concernées et les réactions du public.

Pour résumer, les parabènes sont des substances présentant des propriétés antibactériennes et antifongiques, ils sont très largement utilisés comme conservateurs dans les produits d’hygiène et cosmétiques, mais aussi les médicaments, certains aliments, dans les produits du tabac, dans certains produits ménagers et entrent dans la formulation de vernis, colles, adhésifs, cirages. En cosmétique, il sont utilisés depuis près de 70 ans et sont considérés comme très efficaces (pour les consommateurs) et faciles d’utilisation (pour les formulateurs).

La polémique sur ces substances est apparue en 2005 avec une étude britannique du Dr Philippa Darbe qui évoque un lien (mais pas forcément de cause à effet) entre les parabènes et le cancer du sein. Cette étude est reprise par un livre publié en Allemagne sur les ingrédients contreversés, lui-même repris par l’émission Envoyé Spécial du 3 mars 2005 qui va être le véritable déclencheur de la polémique.
Le message compris alors par le public est que « paraben = cancer du sein ».
A cette époque, la réponse des autorités, comme l’Afssaps, qui explique que certains parabènes (méthyl-, éthylparaben) sont parfaitement sûrs et d’autres soumis à des tests complémentaires, n’est pas du tout médiatisée. Les syndicats professionnels ne réagissent quasiment pas, et surtout l’industrie envoie un message très ambigu au public. Certaines marques ne font rien, d’autres, et pas seulement les marques naturelles ou bio, décident de supprimer les parabènes de leurs produits et communiquent fortement sur la mention « sans paraben ».

Le « mal » était fait.

Le message retenu par le grand public était conforté : les parabènes posent problème.

En 2008, la polémique rebondit avec la question des cosmétiques pour bébé offerts dans le mallettes roses ou bleues, au moment de l’accouchement. Il est à nouveau question des ingrédients soupçonnés d’être des perturbateurs endocriniens. La ministre de la santé de l’époque, Roselyne Bachelot réagit en proposant un logo qui mentionnerait les ingrédients « dangereux ». Cette proposition n’aboutira pas, mais l’inquiétude est relayée maintenant au niveau politique. Les syndicats professionnels tentent cette fois-ci de réagir plus activement en lançant un site internet www.parlonscosmetiques.com qui donne des information plus précises sur les ingrédients. Mais parallèlement, les industriels continuent de mettre en avant la mention « sans paraben » sur leurs marques.

Dernier épisode cette année, lorsqu’un député propose une loi pronant purement et simplement l’interdiction des parabènes. La loi Lachaud, à la surprise générale, est adoptée par l’Assemblée Nationale le 3 mai dernier (entrera-t-elle en application un jour ?).

Que retenir de cette histoire ?

Pour moi, une chose est sûre, les parabènes sont « morts ».
Qu’ils soient interdits ou non, qu’ils soient nocifs ou non (sur une période courte, les principaux parabènes n’ont semble-t-il pas d’effets négatifs, sur une longue période de plusieurs dizaines d’années, personne n’est capable de répondre aujourd’hui sans une étude approfondie), que les produits de substitution soient moins efficaces, voire peut-être aussi ou plus dangereux, cela ne change rien, le grand public et donc les consommateurs les ont « tués ».

Finalement, la « force » réglementation, dont l’influence est très forte (et de plus en plus) pour une industrie comme celle des cosmétiques, a été dans ce cas précis balayée par la force « sociologie » et par le poids grandissant des consommateurs.
L’erreur principale des autorités, des syndicats professionnels et des marques a été de sous-estimer ce phénomène. Peu ou pas d’information, des messages contradictoires (certaines marques annonçaient du « sans paraben » même pour des produits qui ne contenaient pas de conservateur, comme les poudres sèches), ont laissé le champs aux raccourcis médiatiques, aux messages des lobbies anti-paraben, aux message des consommateurs sur les sites internet et les blogs. Et pour couronner le tout, le politique a suivi le grand public, et a répondu à l’émotion, peut-être au détriment de la raison et des arguments scientifiques.

Aujourd’hui, la plupart des marques (pas toutes, mais il faut être une marque très puissante pour se le permettre) suppriment les parabènes et autres ingrédients contreversés (comme les phtalates) de leurs formules. Mais pour toutes, la question est maintenant : quel sera le prochain ingrédient sur la liste ? Affaire donc à suivre….

Et vous, qu’en pensez-vous ? Etes-vous confrontés au poids de la réglementation ? à l’influence grandissante des consommateurs ?

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